Dans l’Institut-Phare, l’Observatoire des relations fonctionne comme un dispositif d’attention continue. Il ne s’active pas uniquement en cas de difficulté déclarée, mais accompagne les équipes dans la durée.
À intervalles réguliers, des entretiens individuels de suivi sont proposés. Plusieurs doctorants évoquent, à des moments différents, une sensation diffuse : charge cognitive élevée, difficulté à se situer dans le collectif, impression de travailler « à côté » plutôt qu’« avec ». Aucun conflit n’est exprimé, aucun encadrant n’est mis en cause.
Ces signaux sont considérés comme des « indicateurs de sol » au sens de la permaculture humaine : ils ne désignent pas un dysfonctionnement, mais une zone où l’écosystème relationnel mérite davantage de nutriments et de circulation.
L’Observatoire croise ces ressentis avec d’autres éléments non nominaux : temporalités des projets, organisation des réunions, degré d’autonomie laissé aux doctorants. Une configuration apparaît : une équipe très exigeante scientifiquement, riche en initiatives, mais où les espaces de régulation informelle sont rares.
Plutôt qu’une restitution descendante, l’Observatoire propose un accompagnement fondé sur des dispositifs explicitement distincts des réunions scientifiques ordinaires.
Un premier ajustement consiste à proposer d'instaurer, une fois par mois, un temps de régulation collective, clairement identifié comme non évaluatif. Ce temps n’a pas pour objectif de “faire avancer” un projet, mais de rendre dicibles les conditions dans lesquelles le travail se fait. Les échanges y portent sur des questions rarement abordées ailleurs : charge cognitive ressentie, zones d’incertitude, circulation de l’information, clarté des attentes implicites, articulation entre autonomie et encadrement. Un médiateur formé en garantit le cadre et reformule lorsque nécessaire.
En parallèle, les points d’encadrement habituels sont complétés par un entretien de trajectoire intermédiaire, distinct du suivi scientifique. Ce temps, court et balisé, permet d’aborder : le rythme de travail, les priorités perçues, les tensions émergentes, et les besoins d’ajustement, sans enjeu d’évaluation.
Ces dispositifs sont proposés à titre d’essai, sur une période limitée. Ils peuvent être ajustés, transformés ou abandonnés en fonction de leur utilité réelle. L’objectif n’est pas d’ajouter des couches, mais de restaurer des espaces de respiration dans l’écosystème de travail.
Quelques mois plus tard, les entretiens de suivi montrent une évolution : sentiment d’appartenance renforcé, meilleure lisibilité des attentes, fatigue plus soutenable. Le patrimoine humain de l’équipe n’a pas été « réparé » : il a été cultivé.